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La Peur

La Peur

superficiel et biaisé sur un sujet aussi sérieux
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Fondé sur un événement criminel isolé bien connu ayant fait l'objet de recherches autrement plus sérieuses avant que Jan Gross ne traite du sujet, cet ouvrage pêche par son approche militante et l'usage très sélectif de ces sources par l'auteur. Il offre, au total, une vision étroite et biaisée de la situation de l'immédiat après-guerre en Pologne. Comme l'a fait ressortir le débat d'historiens qui a suivi la première publication du livre (en anglais, puis polonais), l'auteur n'a retenu parmi les sources et témoignages disponibles que ceux accréditant ses thèses, largement préconçues, en laissant de côté toute la documentation existante les remettant en cause. Privilégiant le sensationnel et les formules à l'emporte-pièce, procédant (effet de sa formation de sociologue plutôt que d'historien?) par généralisations abusives, l'auteur fait notamment abstraction dans ses propos du contexte de terreur de l'imposition d'un régime de type soviétique et des manipulations auxquelles le régime communiste s'est livré avant et autour de cet événement tragique de Kielce (responsabilités premières de la milice communiste dans le déclenchement du pogrom). Ironiquement, c'est pourtant presque exclusivement dans les documents produits par cette milice et les organes judiciaires du régime (soucieux de se disculper et d'en accuser d'autres) que l'auteur de "La peur" puise ses sources... Tout ceci ne serait pas si grave si cet essai ne se présentait pas comme une tentative d'interprétation à caractère scientifique - ce que décidément il n'est pas - et ne contribuait à renforcer les stereotypes, sur les Polnais comme sur les Juifs, au lieu de combattre ces mêmes stereotypes.
Pearl, Paris, le 13 janvier 2011

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