Jacques Julliard
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| - ucel, 06/10/2008
Biographie de Jacques Julliard
Élève au collège Nantua, il entre en khâgne au lycée du Parc à Lyon en 1950. Deux proches de Mounier le marquent alors parmi ses professeurs. D’abord, Jean Lacroix, collaborateur d’Esprit et philosophe personnaliste ne cachant pas son intérêt pour Proudhon. Ensuite, l’aumônier de la khâgne, Lucien Fraisse, qui enseigne un mélange de christologie et de réflexion sur l’insertion politique de la religion. Mais les lectures de Marx, Proudhon, Pascal, Kant et Jules Lagneau restent prépondérantes chez un esprit qui se définit alors comme “catho-proudhonien”. Politiquement neutraliste, anticommuniste mais ni pacifiste, ni antiaméricain, il fonde un club de réflexion qui, s’inscrivant dans la mouvance de L’Observateur, lui permet de faire la connaissance de Gilles Martinet.
En 1954, il intègre l’École normale supérieure de la rue d’Ulm comme germaniste. Mis en contact avec Esprit par le biais de Jean Lacroix, il intègre l’année suivante les instances de la revue et notamment son groupe politique où il croise Pierre Viansson-Ponté, Olivier Chevrillon, Claude Bourdet ou Michel Crozier. Il y contracte des positions anticolonialistes et est éveillé à la question de l’impérialisme et du « totalitarisme » soviétiques. Mais s’il est « compagnon de route » de divers mouvements catholiques de gauche, il reste opposé au rôle que peut jouer l’Église dans la société politique. Il préfère s’investir dans le syndicalisme étudiant à l’UNEF où, à la suite d’un voyage en Algérie (1955), il succède à Robert Chapuis au poste de vice-président aux affaires d’outre-mer.
En 1956, il quitte l’UNEF pour présider la conférence nationale étudiante pour la solution du problème algérien. C'est ainsi qu’il entre en contact avec Paul Vignaux qui le fait entrer au SGEN et participer au groupe Reconstruction. Ce dernier est, avec Esprit et l’UNEF, le troisième principal lieu de sociabilité où s’effectue sa formation intellectuelle et politique. Il y fait notamment la connaissance d’Edmond Maire, d’Eugène Descamps, d’Albert Détraz, de Gilles Declercq ou encore de Pierre Mendès France. En 1958, il obtient son agrégation d'histoire. Il est alors envoyé en septembre 1959 en Algérie où il sert comme officier d’action psychologique auprès des populations civiles. De retour à Paris en mai 1961, il est nommé professeur de lycée à Chartres.
L’année suivante marque, avec sa nomination comme secrétaire du SGEN pour le second degré et son entrée au CNRS comme attaché de recherches, le début d’un double cursus (universitaire/syndicaliste) qui ne bride pas ses activités intellectuelles.
Sur le plan universitaire, il est accueilli dans le groupe constitué autour d’Ernest Labrousse et celui de la revue Le Mouvement Social qui comprend, entre autres, Annie Kriegel, Madeleine Rebérioux, Jacques Ozouf et Jean Maitron. Il se lance dans une thèse sur Fernand Pelloutier et le syndicalisme révolutionnaire. Sur le plan syndical, il devient semi permanent et milite auprès de Paul Vignaux pour la déconfessionnalisation de la CFTC. Enfin, sur le plan intellectuel, il s’investit à la revue Esprit avec, entre autres, un article sur « La morale en question » (n° 310, octobre 1962) et des chroniques sur le mouvement syndical, la crise de l’UNEF ou l’évolution du Parti communiste. C'est d’ailleurs par Esprit qu’il côtoie le Club Jean Moulin sans y adhérer de crainte d’être mal vu à la CFTC.
L’année 1965 le voit se détacher de la recherche fondamentale pour aller enseigner une année à l’Institut d'études politiques de Bordeaux et intégrer – grâce à Jean-Marie Domenach – Le Seuil comme directeur de la collection « Politique ». L’année suivante, il quitte le CNRS pour enseigner à la fois à l’Institut d'études politiques de Paris comme maître de conférence et à la Sorbonne comme assistant d’histoire contemporaine. Cela ne l’empêche pas de participer activement, en 1967, aux débats internes à la CFDT sur ses rapports avec les partis politiques, défendant ardemment une stratégie autonome. En Mai 68, il participe, comme représentant de la CFDT à la Sorbonne, aux évènements et aux discussions, y apparaissant comme un élément modéré de la contestation.
Mais son soutien à cette dernière provoque sa rupture avec Paul Vignaux et sa démission, quelques mois plus tard, de son bureau national du SGEN. Il apparaît pourtant comme un modéré lorsqu’en septembre 1968, il fonde avec Jacques Ozouf le département histoire de l'Université de Vincennes. Promu maître-assistant membre du noyau cooptant chargé de recruter les enseignants, il fait venir son ami Michel Winock. Mais cette année 1968 le voit aussi commencer à enseigner au centre de formation des journalistes (CFJ) et publier Naissance et mort de la Quatrième République (Calmann-Lévy), son second livre après Clemenceau, briseur de grèves (Julliard, 1965). Sinon, il maintient une collaboration active à la revue Esprit, notamment à travers des chroniques de politique intérieure.
C'est d’ailleurs par ces dernières qu’il est remarqué par André Gorz et présenté par ce dernier à Jean Daniel pour collaborer au Nouvel Observateur. Dès sa première entrevue avec le directeur de la rédaction apparaît une profonde connivence intellectuelle qui débouche tout de suite sur une proposition de collaboration au journal.
En effet, s’il avait déjà publié une critique en 1967, sa collaboration s’amorce en décembre 1969 pour prendre un rythme plus soutenu en 1973. Cette année-ci il a cessé ses cours au CFJ et intégré le bureau confédéral de la CFDT comme représentant du SGEN. Soulignant l’impasse politique du « gauchisme » comme du PSU, il soutient et participe aux processus des Assises du socialisme jusqu’à son adhésion au PS en 1974. Il salue d’ailleurs les ouvrages de Michel Rocard (Questions à l’État socialiste, 1973), Robert Chapuis (Les Chrétiens et le socialisme, 1976) et Patrick Viveret (Attention Illich, 1976), amis politiques avec qui, au sein de la revue Faire, il s’attache à la modernisation idéologique du parti à partir de 1975.
Il intervient aussi épisodiquement sur l’Université et sur la CFDT, soutenant la démarche de sa direction lors des Assises du socialisme ou du congrès de 1979. À partir de septembre 1977, il remplace Jacques Ozouf pour l’analyse des sondages politiques mais reste extérieur au service politique, ses interventions prenant surtout la forme de tribunes et d’articles de fond sur la situation politique. Il joue aussi un rôle de premier plan dans les débats intellectuels qu’abrite le journal. Ainsi, il lance le débat sur la nouvelle philosophie (mai 1977) et sur “Le tiers-monde et la gauche” (5 juin 1978), participe à celui sur la révolution iranienne (décembre 1978), le boycott des jeux olympiques de Moscou (février 1980) et conclut celui sur L’Idéologie française de Bernard-Henri Lévy (mars 1981).
Passant parfois aux pages littéraires comme critique d’essais, il s’attache à faire connaître Arendt, Sorel, Proudhon, Péguy ou encore Gramsci. En dehors de livres d’histoire, il salue aussi les ouvrages d’“amis” – personnels ou du journal – comme Pierre Vidal-Naquet (La Tribune dans la République, 1972), Maurice Clavel (Les Paroissiens de Patente, 1974), Roger Priouret (Les Français mystifiés, 1974), ou André Gorz (Adieux au prolétariat, 1980). Mais en mars 1981, il n’hésite pas à critiquer avec force L’Idéologie Française de Bernard-Henri Lévy et à s’en prendre au rôle de “directeur de conscience ” joué par Jean Daniel. Enfin, il lui arrive de faire des interviews d’historiens (Le Roy Ladurie, Ferro) ou de Mendès-Franc
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