En savoir plus sur l'ignorance
Les livres de Olivier Roy ont constitué un apport important sur les phénomènes religieux, et notamment lIslam. Dans ce livre, il affiche une ambition plus vaste, celle danalyser les religions de notre temps, grâce à son immense érudition, et les concepts quil a forgés dans le cours de ses réflexions, comme un nouveau Max Weber. Ce qui est central, cest le rapport entre religion et culture. La religion traditionnelle est liée à la culture, aux moeurs, quelle imprègne, elle fait partie de la vie quotidienne, en marquant les évènements de lexistence. Ce qui est nouveau avec lislamisme, et les protestantismes américains, cest la rupture totale entre une culture et une religion. Les nouveaux adeptes embrassent une religion pure, hors-sol, inculturelle. Le problème surgit rapidement, cest quune religion déculturée ne peut faire société, car la foi ne peut souder les hommes, en dehors de liens symboliques et sociaux. Les adeptes doivent faire constamment preuve ostentatoire de leur foi, sous peine dêtre rejetés, ce qui rend toute société construite ainsi impossible. Lauteur a une connaissance immense du sujet. Il noppose pas les religions entre elles, et constate que les pentecôtistes et les islamistes présentent les mêmes traits dune religion déculturée. Ce livre est en tout cas un très grand livre, riche de leçons et bien éloigné des lieux communs usuels sur lintégrisme.

Note : Note de l'internaute :5/5

Argenteuil, 05/02/2012
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L'invention de Morel

Adolfo Bioy Casares, Armand Pierhal (Traduction)
Roman (poche). Paru en 10/1992

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l'instant éternel
Chef doeuvre absolu, livre de Bioy Casares qui fit ladmiration de Borges. Le fantastique cest de nous plonger dans un sentiment étrange, et de nous faire percevoir la ténuité de la vie par la même occasion. Cest un éloge du virtuel, qui rend la vie éternelle, et qui en mérite le sacrifice, cest du moins ce que ce conte étrange nous explique. Aurions -nous envie comme Morel, de figer un instant du meilleur de la vie, pour le conserver à jamais, et quune représentation se substitue à tout avenir. Le net, ce que nous y laissons, sera-t-il notre invention de Morel, un media qui conservera une trace éternelle de nos vies, de nos émotions ?

Note : Note de l'internaute :5/5

Argenteuil, 04/02/2012
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l'âge des massacres
Je recommande la lecture de ce petit livre, sur l'historiographie. Il dénonce une histoire écrite par les vainqueurs, et qui renvoie dos-à-dos communisme et nazisme, ou pire, dans le cas de Nolte, induisent le nazisme du socialisme, comme réactionnel. La notion de totalitarisme est suspecte, parce quelle met dans le même concept des régimes sans liens entre eux, brouillant davantage les idées quelle néclaire le fonctionnement de ces régimes. Cest une histoire des vainqueurs et des victimes, plutôt que des vaincus, mais en victimisant, on a appauvri la vie de ces victimes, en leur ôtant ce qui leur était essentiel. Il dénonce lhistoire de François Furet, qui fait de la révolution un bloc de terreur, sans en voir le fondement, et lespoir suscité. Pour lui, cest une histoire apologétique, simpliste. De même, il tient comme un chef doeuvre lâge des extrêmes de Hobsbawm qui réhabilite le communisme, livre refusé par Pierre Nora, comme anachronique. Traverso est un historien engagé, qui ne croit pas à la neutralité, et surtout pour le XXème siècle, lhistoire est aussi autobiographique. Leurope sest faite sur la base dun oubli mémoriel, car la seule culture commune de lEurope a été la division. La shoah est devenue une religion civile alors quil faudrait pouvoir la réintégrer dans lhistoire pour la comprendre vraiment. Ainsi, les pays de lest lignorent alors quelle sest déroulée sur leur territoire. Pour Traverso, la seconde guerre a été une guerre ordinaire à louest, et une guerre dextermination à lest. Ce livre est dune fantastique érudition, dun époustouflant niveau de réflexion, en comparaison de ce quon peut lire par ailleurs, et loin de tous les lieux communs de notre époque.

Note : Note de l'internaute :5/5

argenteuil, 04/02/2012
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Histoire d'enfant

Peter Handke Voir tout son univers, Georges-Arthur Goldschmidt (Traduction)
Récit (poche). Paru en 05/2001

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Lire en allemand, Peter Handke l'imagier
Jai lu voici de nombreuses années déjà, plusieurs livres de Peter Handke, cet autrichien dorigine slovène, qui perdit tout crédit dans les medias en raison de son soutien aux serbes durant les guerres de yougoslavie. On lévoquait déjà en prix Nobel, et depuis il a renoncé à lécriture. Jessaie de le relire aujourdhui, dans une version bilingue qui maide comme une béquille à travers les phrases interminables (pour moi) de lallemand, étudié voici bien longtemps, et jamais tout à fait oublié. Lire Handke dans sa langue originale est une expérience un peu étrange, dabord parce quaucune traduction ne peut rendre la richesse de ses images ou métaphores, qui sétirent infiniment, souvent en relation avec des espaces modernes et relativement déserts. Le monde environnant lui procure des sensations teintées de mélancolie, reflets de lumière ou espaces de béton, qui sont de notre temps, de notre époque, sans surannéité. Je navais pas perçu dans sa prose poétique cette capacité dimagier en lui. Les rencontres avec les autres sont souvent décevantes, la compagnie donne un sentiment de solitude encore plus grand que sa solitude pensive. Als das kind noch ein kind war était le leitmotiv des ailes du désir, ce pur chef doeuvre de Win Wenders, et Kindergeschichte nous narre ce que lenfant apporte de conscience du monde au père.

Note : Note de l'internaute :5/5

Argenteuil, 06/01/2012
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Le travail du dessinateur

Alfred Kubin
Biographie (broché). Paru en 01/1999

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l'origine de la création
Je retrouve parfois dans ma bibliothèque des livres un peu oubliés et que je prends plaisir à relire. Ainsi en est-il de cet opuscule, au style brillant, dAlfred Kugin, un illustrateur et philosophe. Je métonne quil ne soit cité presque nulle part, et que lon ne ressorte pas ses bijoux de textes, dune très grande finesse décriture. Dans ce livre, il nous fait assister à la genèse du dessin, et au mystère de la création artistique. Il nous explique que les images lui viennent, souvent issues du plus profond de sa mémoire, de son enfance notamment, et quelles sont parfois difficiles à interpréter. Cest le travail de linconscient qui rapproche ainsi des choses sans rapport et les déguise, les rendant méconnaissables. La plume est pour lui lart suprême, sténographe de son âme. Le contact avec le papier est important, et il a longtemps utilisé de vieilles cartes au toucher ineffable. Le dessin nest pas plat, mais recèle une matière importante. Il a passé sa vie dans le rêve, à lexplorer, le représenter, en chercher les correspondances mystérieuses, et exprimer une sensibilité à linconnu.

Note : Note de l'internaute :5/5

argenteuil, 06/01/2012
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un formidable livre de l'économie réelle
Philippe Seguin et François d'Aubert avaient manifestement une certaine idée de l'Etat, en rédigeant ce rapport dans le cadre de cette enquête parlementaire. Je ne suis même pas certain que l'on ait pu trouver une telle critique du système dans "le monde diplomatique" ou 'l'humanité", car les moyens d'effectuer une telle enquête étaient hors de portée du journaliste ordinaire. Plus encore que l'affaire Bettencourt, qui nous permit de comprendre certains mécanismes de la politique, le rapport Seguin est un extraordinaire décryptage du fonctionnement du capitalisme en France. On comprend comment tous ces gens qui nous ont bercé de libéralisme, ont vanté "l'entreprise et ses risques", comment tous ceux qui sont en poste se sont en fait financés grâce à l'argent du contribuable ! On comprend également beaucoup mieux comment la spéculation immobilière a pu être maintenue pendant toutes ces années, et ces leçons sont encore valables aujourd'hui. je ne pensais pas que les "capitalistes" qui dénigraient l'Etat à longueur de colonne dans les hebdos qu'ils rachetaient pouvaient dépendre autant de l'Etat justement, et qu'autant d'argent public avait été consacré à la spéculation immobilière dont nous avions tant souffert lors de la décennie précédente. C'est presque une sorte de remerciement posthume à Philippe Seguin que d'avoir rédigé ce rapport. Comme l'explique Christian Laval, le néo-libéralisme a un énorme besoin de l'Etat pour exister. Ce rapport était aussi à l'époque une vraie cure de désintoxication après 15 ans de propagande sur le "mythe de l'entrepreneur",et dont on voyait finalement ce qu'il recouvrait dans la réalité.

Note : Note de l'internaute :5/5

argenteuil, 02/01/2012
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a gould book
Richard Dawkins est le digne successeur de Stephen Jay Gould, la même passion pour expliquer lévolution, et la même admiration pour Charles Darwin. Cest vraiment un grand livre pour les passionnés dhistoire naturelle et de biologie. Comme Gould, il nous montre les bricolages entrainés par une évolution progressive qui nest pas revenue à la table de travail de lingénieur pour tout revoir, et donc sans dessein intelligent, comme ce nerf du cou de la girafe qui décrit un trajet tarabiscoté. On apprend des tas dhistoires, comme celle de ce russe exilé par Lyssenko, et qui en sélectionnant les renards avec la plus faible distance de fuite, est parvenu en quelques décennies à produire un renard complétement apprivoisé, et qui avait aussi changé daspect physique. Aussi sensible que Gould à lembryologie, il nous montre que lon peut reconstituer tous les cranes danthropoïdes, en en déformant les proportions, et que lévolution joue dabord sur le développement embryonnaire. La seule différence réside dans le rapport avec le religieux, Gould considérait quil ne savait pas, lui sattache davantage à détruire lhypothèse de Dieu, mais beaucoup moins dans ce livre, comme un assagissement.

Note : Note de l'internaute :5/5

argenteuil, 20/12/2011
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Les lunettes d'or

Giorgio Bassani
Dictionnaire et encyclopédie (poche). Paru en 05/2005

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un livre d'or
Bassani, cest un peu Proust, mais il est moins précieux et son style est quand même plus simple. Les lunettes dor, cest lhistoire dun vieil homosexuel, le docteur Fadigati, dont le célibat interroge la société ferraraise, avant quil ne finisse par être complétement rejeté, et connaisse une issue tragique. Contrairement à ladaptation cinématographique avec Philippe Noiret, lhomosexualité de Fadigati nest pas le vrai sujet principal, elle sert de contrepoint au traitement des juifs dans la société fasciste, et le narrateur fustige ses parents de ne pas voir venir les lois raciales, le rejet dont ils vont faire lobjet. Bassani présente cet aveuglement et ce manque de lucidité. Bassani, tout comme Proust, a côtoyé les milieux culturels, il fut ami de Pasolini et dAntonioni. Son univers est celui de Ferrare, décrite tellement en détail, et dans tous ses quartiers, que lon a le sentiment dy avoir vécu un moment après avoir fermé le livre. Il reprend des éléments de biographie personnelle, comme le voyage du soir en train, quil effectua dans sa jeunesse pour suivre des études. Fadigati est inspiré par lun de ses enseignants dhistoire de lart. Cest un monde bourgeois, dont la quintessence est représentée par les Finzi-contini, repliés dans leur palais viscontien. La grande cassure pour Bassani, ce fut le fascisme, contre lequel il sest engagé, et qui est en arrière-plan de son oeuvre. On le dit bien oublié, mais à le lire, je considère que si cest vrai, cest injuste, et quil est au contraire lun des plus grands écrivains italiens.

Note : Note de l'internaute :5/5

Argenteuil, 18/12/2011
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un road movie familial
Je métonne du nombre de petits films, pleins dintérêt, dont on nentend jamais parler. Cet impressionnant road-movie, dune famille qui se perd sur une petite route angoissante, dont elle ne parvient plus à sortir a quelle chose dextraordinaire, et prouve que certains gros budgets tuent le film fantastique, en remplaçant les émotions par des effets spéciaux. Ce sont deux français qui ont réalisé ce film, Jean-Baptiste Andrea, et Fabrice Canepa. Une famille américaine très moyenne se perd donc la nuit de Noël, et rencontre une mystérieuse dame blanche qui annonce la mort dun membre. Une mystérieuse limousine noire emporte ainsi les membres de la famille, un à un. Cest aussi un terrible huis-clos, où les dialogues fusent, les révélations, les haines, les regrets, les trahisons dévoilées. Lambiance est oppressante, et dans cette ambiance de mort, de médiocrité, cest quand même la vie qui va lemporter. Nous angoissons avec eux, sur cette route qui semble ne jamais finir, on les voit tomber en état de choc, régresser, sinsulter, cest presque comme si lon pénétrait dans linconscient familial, si lon pouvait ainsi en donner une représentation, avec ses moments terribles et ses moments burlesques. Cest dans les petits films, qui, sortes déprouvettes, contiennent le plus didées, les blockbusters vivent davantage sur un acquis de recettes éprouvées.

Note : Note de l'internaute :4/5

Argenteuil, 12/11/2011
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Une plongée intime dans le passé
Hanson est sans doute proche des « néo-conservateurs », sa thèse est que loccident a toujours eu une supériorité létale dans le combat, parce quil allait au contact, à laffrontement avec une volonté de carnage, et parce que ses combattants nétaient pas que des mercenaires, mais des gens possédant aussi leur libre arbitre, présents au combat pour défendre leurs intérêts, et pas seulement pour le compte dun dirigeant. Il explique notamment que lon discutait davantage les décisions du côté occidental, quil a toujours existe une forme de démocratie même dans larmée. Mes renvois montrent que cette thèse est discutée, critiquée, mais lintérêt principal de ce livre est de nous plonger de manière fascinante dans des époques lointaines, notamment antiques, ou lors de la conquête des aztèques par Cotez avec une précision et une foule déléments que lon a limpression de découvrir avec lui, et dont on a le sentiment quils ne nous ont jamais été dit auparavant. Cest cette narration au coeur de la bataille, et dans un monde oublié qui fait lintérêt du livre. Je me replonge ainsi parfois dans des ouvrages portant sur des périodes lointaines, parce quils constituent un très grand dépaysement, loin des polémiques actuelles.

Note : Note de l'internaute :4/5

Argenteuil, 01/08/2011
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